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Une session à 2+++ !!! Camargue n°4 mai 2013

6 Mai 2013 , Rédigé par gauthmanu Publié dans #Les sorties

Une session à 2+++ !!! Camargue n°4 mai 2013

Récit de Lilian Fautrelle.

Pour couper court de suite à l’allusion, NON (dommage d’ailleurs…), ce n’est pas la taille moyenne en mètres des captures de la semaine, mais la quantité de pluie moyenne en mm que nous avons pris sur la figure chaque heure passée dehors durant cette session… Du moins pendant les 5 premiers jours (sur 7 au total…).

~~Manu et moi, nous nous étions programmés depuis plus de 6 mois une petite session pêche du silure dans le sud de la France (ben ouais le sud quoi, vous savez, là où il fait chaud et où il ne pleut que 3 jours par an… d’habitude). L’idée d’origine était de se faire plaisir sur le grand Rhône dès l’ouverture locale du carnassier (1er mai) tout en les attaquant au vers de terre dès le dimanche…. Malheureusement, nous savons depuis quelques jours que les prévisions climatiques et hydrologiques sont mauvaises, très mauvaises… trop mauvaises ? La question a parfois osé se faire sous-entendre, mais préparés à affronter tout cela, c’est sous une pluie battante et continue que nous faisons la route avec détermination. Le 1er jour, nous mettons à l’eau sur le grand Rhône. Le débit est à 3500 mètres cubes seconde…. Ça pousse fort… très fort. La dérive naturelle en chenal est à 8 km/h. Nous pêchons darses, contrecourants, bordures, mais la chute des températures de l’air de 20 degrés en 24H a cloué nos moustachus.

~~Les échos sont rares et non mordeurs.

Nous rentrons le soir sans aucune touche, espérant que les conditions aillent vers des jours plus cléments…. Mais de cela, il n’en sera jamais le cas, du moins niveau débit. La grand Rhône dépassera même les 5000 mètres cubes seconde quelques jours plus tard. Les 2nd et 3ème jours, nous passerons encore des heures à parcourir le fleuve, à traquer les poissons. Nous en localisons plusieurs groupes, mais nous ne parvenons pas malgré nos montages de 700 grammes de plombs à les pêcher convenablement en bateau. Manu réussira l’exploit notable d’enregistrer une bonne touche. Un poisson prometteur dépiqué hélas rapidement. Le mardi, le débit est à 4800 mètres cubes seconde, la dérive naturelle en chenal flirte avec les 15 km/heure… tout bonnement impêchable en dérive. De retour à notre Mas, nous nous rendons à l’évidence, et acceptons une réalité que nous nous refusions d’admettre depuis 2 jours : nous ne pourrons pas pêcher en bateau sur les Rhônes, Grand ou Petit, cette semaine.

La seule autre équipe présente laisse également son bateau à terre…

La seule autre équipe présente laisse également son bateau à terre…

Un bateau de 6m30 de long, idéal pour mettre en place des pêches aux cassants.

Un bateau de 6m30 de long, idéal pour mettre en place des pêches aux cassants.

Pour les connaisseurs : la mise à l’eau sur le Petit Rhône à quasi disparu sous les eaux.

Pour les connaisseurs : la mise à l’eau sur le Petit Rhône à quasi disparu sous les eaux.

Point de vue moral, pas facile à encaisser, et le spectre d’un retour prématuré tend à se profiler de temps à autre… Nous avons encore une petite idée derrière la tête, celle de trouver un autre endroit de pêche. Après tout, 75% du budget session est déjà investi, et le soleil semble s’annoncer pour jeudi et vendredi, il y a peut-être un coup à tenter ailleurs… Nous demandons un petit coup de pouce, (le bien célèbre « appel à un ami »), à Naïm et Rémi. Ces pêcheurs chevronnés et talentueux ont la précieuse faculté de toujours envisager les pêches dans leur globalité. Ils ont tous deux la particularité de savoir prendre le recul nécessaire pour analyser l’état général d’une situation et prendre LA bonne option stratégique pour les pêches à faire. Je les remercie d’ailleurs pleinement ici pour leur aide et leur soutien sans faille. La région compte de nombreux canaux et autres rivières qui ne sont pas soumis à la descente impétueuse des eaux de la plaine de la Saône et du bassin Rhodanien. Pour mercredi, la décision est prise avec Manu de laisser le bateau « à quai » et de partir sur les routes, google earth, google map, et GPS en main, les conseils de Naïm et Rémi en tête. Nous prenons la direction de notre option de repli numéro un (enfin c’est plutôt repli numéro 4 là, après les bordures, les darses, et le petit Rhône…). Nous nous y dirigeons pleins d’allant et d’espoir mais une fois arrivés sur place, nous déchantons rapidement : pour la pêche, c’est mort de chez mort, en revanche niveau spectacle, c’est saisissant et ça vaut largement le détour ! Voyez plutôt :

ici, la pêche c’est mort de chez mort… mais quel spectacle

ici, la pêche c’est mort de chez mort… mais quel spectacle

~~Nous faisons des centaines de kilomètres, jusqu’à tomber sur une petite rivière sauvage et difficilement accessible du bord, en crue certes, mais qui semble pêchable en bateau et surtout, avec un semblant de mise à l’eau. Nous ‘glanons’ quelques infos aux nombreux pêcheurs locaux présents pour l’ouverture. Il semblerait que quelques petits silures se fassent prendre accidentellement de temps à autre par des pêcheurs de brochets… Génial ! Le moral regonflé à bloc, nous rentrons préparer cette nouvelle pêche. Jeudi matin, 4h30, décollage. Le secteur n’est plus à la porte à côté, et après une bonne route, le bateau est à flot à 7h00. Nous allons découvrir alors l’indéniable avantage de la puissance de notre échosondeur (Humminbird 1198). La fonction Side Imaging nous permet de nous faire rapidement une idée de notre nouveau milieu. A chaque poste théoriquement prometteur, je place un « Way point». Les dérives à venir seront précises et quelques échos repérés en 2D nous donnent confiance.

Des dérives choisies et réalisées au mm grâce au side, à la fonction GPS, et à l’Ipilot du Terrova.

Des dérives choisies et réalisées au mm grâce au side, à la fonction GPS, et à l’Ipilot du Terrova.

~~La stratégie en action de pêche est simple. Je vais réaliser une pêche au clonk sur de petits vifs à soutenir, tandis que Manu grattera la zone d’ombre et le cœur des obstacles avec une fireball et un vif de taille plus imposante. Les premiers résultats ne se font pas attendre. Ces poissons semblent incontestablement peu éduqués, et le clonk (ainsi sûrement que la hausse très significative des températures de l’air et de l’eau) provoquent chez eux des comportements incroyables. Nous voyons les poissons monter très rapidement sur des mètres et des mètres.

voyons les poissons monter très rapidement sur des mètres et des mètres

voyons les poissons monter très rapidement sur des mètres et des mètres

~~C’est une pêche ludique et vraiment super sympa, d’autant que les touches s’enchaineront toute la journée. Les poissons croisés seront d’une moyenne de + ou - 130cm, avec un joli poisson de plus du mètre 60 pour Manu

La récompense : des touches, des combats, des poissons, et même du soleil !

La récompense : des touches, des combats, des poissons, et même du soleil !

Un joli poisson de plus du mètre 60 pour Manu.

Un joli poisson de plus du mètre 60 pour Manu.

~~Nous terminerons avec une dizaine de poissons dans le bateau, des loupés, des décrochés, des rigolades… que du bonheur. Après ces jours de froid, de pluie et de disette, nous jouissons pleinement de ce moment.

Ca enchaine régulièrement…

Ca enchaine régulièrement…

De nombreux poissons…

De nombreux poissons…

plus ou moins tous du même calibre…

plus ou moins tous du même calibre…

dans un lieu sauvage, propre, et ensoleillé…

dans un lieu sauvage, propre, et ensoleillé…

~~Avant de partir, je prendrai une touche bien différente de toutes celles encaissées jusque-là. Un gros stop sur une animation, un ferrage appuyé ne décollant pas le poisson d’un poil, puis de deux coups de têtes lourds, larges et puissants… au troisième, un grand mou et stupeur…. décroché !.... et ça c’était une autre catégorie de poisson… il y aurait donc quelques spécimens plus costauds à faire ici… mais comme on dit, « pas vu pas pris ». OK, rendez-vous donc demain pour notre dernier jour de session.

Première soirée sans déluge ! Les paons eux, sont en pleine saison des amours

Première soirée sans déluge ! Les paons eux, sont en pleine saison des amours

~~Vendredi, bis repetita. Arrivée aux aurores, direction nos postes de la veille. Cette fois-ci, nous cherchons clairement tous deux à faire un gros. Les premiers poissons capturés sont de la taille des précédents. La grosse touche de la veille ayant été faite en bordure dans un bel obstacle, nous délaissons le lit de la petite rivière et partons à la recherche de souches et de piles nombreuses sur le parcours. Sur le Side, une structure ressemblant à un arbre noyé juste derrière un pont à 15 mètres sur notre gauche attire notre attention. Nous marquons ce poste au GPS, coupons le thermique et mettons en route l’I pilot. Les montages sont à l’eau. En arrivant sur place, l’écran partagé Down Imaging et 2D bifréquence nous permet de clairement identifier un arbre noyé. Je pêche au-dessus en le rasant tandis que Manu anime son montage en plein cœur de l’obstacle.

Sur le Side, une structure ressemblant à un arbre noyé juste derrière un pont à 15 mètres sur notre gauche attire notre attention

Sur le Side, une structure ressemblant à un arbre noyé juste derrière un pont à 15 mètres sur notre gauche attire notre attention

Capture d’écran (1198 Humminbird) en trois vues partagées. En bas à droite, entourée en rouge, on peut voir la pile d’un pont. A gauche de l’image, entourée en rouge également, la structure au centre de notre intérêt. L’ombre projetée au sol nous fait penser immédiatement à un arbre noyé. Serait-ce un arbre à chat ?

Capture d’écran (1198 Humminbird) en trois vues partagées. En bas à droite, entourée en rouge, on peut voir la pile d’un pont. A gauche de l’image, entourée en rouge également, la structure au centre de notre intérêt. L’ombre projetée au sol nous fait penser immédiatement à un arbre noyé. Serait-ce un arbre à chat ?

Capture d’écran (1198 Humminbird) réalisée une fois arrivés sur l’obstacle avec vue 2D à gauche et Down Imaging à droite. Entouré en gris, on peut entrevoir l’écho du montage de Manu qui entreprend de dandiner sa Fireball en plein cœur de l’obstacle.

Capture d’écran (1198 Humminbird) réalisée une fois arrivés sur l’obstacle avec vue 2D à gauche et Down Imaging à droite. Entouré en gris, on peut entrevoir l’écho du montage de Manu qui entreprend de dandiner sa Fireball en plein cœur de l’obstacle.

~~Les minutes s’écoulent et rien ne bouge. Nous nous apprêtons à nous rabattre sur la pile de pont quand Manu m’annonce « Houap ! Je suis engamé »… Ferrage en règle, main sur la bobine et bridage extrême pour extraire ce poisson de l’obstacle… La chose n’est pas si facile, le poisson est lourd et ses rushs sont musclés. A de nombreuses reprises, le poisson parvient à reprendre l’obstacle et l’on entend le corps de ligne de Manu frotter dans les branches noyées ! Ce grincement sourd me fait redouter une casse prématurée, mais Manu continue de brider au maximum. Il faut que ce poisson sorte de son antre ! Le combat est d’une violence inouïe, d’autant plus qu’il est inenvisageable de laisser ne serait-ce qu’un cm de tresse à ce poisson à la vue des encombres qui jonchent les fonds au-dessus desquels nous évoluons. Quand ce poisson arrive en surface, bingo ! C’est un steak, avec un dos large et proéminant. J’ai le sourire jusqu’aux oreilles, enfin, jusqu’à ce que je regarde attentivement la manière dont le poisson est piqué. Seul le simple de la Fireball retient ce poisson par un micro millimètre de peau sur l’extrémité extérieur de la lèvre supérieure du silure, en plein milieu de sa gueule… L’empile et le triple pendouille 10 cm en-dessous. C’est encore loin d’être gagné pour nous. Si je lui mets la petite tape réglementaire sur la tête, je suis certain que le poisson se dépiquera sur le rush suivant. Je projette donc de le saisir au premier passage. Je repère le 3/0 Owner bien ballant sous la gueule du poisson et très mal placé pour moi. De ce fait, et contrairement à mon habitude, je m’équipe chacune des mains d’un gant industriel renforcé en fibre de Kevlar. Je délaisse le gant Lyndie avec lequel je n’arrive pas à bien serrer les doigts et qui m’a déjà fait relâcher nombre de prises. Allez ! Il faut y aller, je m’appuie sur le franc bord, le poisson s’apprête à se présenter pour la première fois, et Manu me l’oriente parfaitement. Sans hésitation, je me lance. A cet instant même, le poisson enclenche un violent demi-tour d’un puissant coup de tête. Je sens ma main droite tirer violemment vers l’eau. Le triple vient de traverser mon gant de protection et je sens parfaitement la branche du 3/0 à l’intérieur de mon pouce droit. Par chance, dans le même mouvement, ma main gauche saisit fermement la gueule du silure que je ramène au plus près du franc bord. Je le sers de toutes mes forces, conscient du fait que le lâcher pourrait sérieusement endommager mon pouce relié par un triple à la gueule de ce poisson hyper musclé. Informant Manu de la situation, celui-ci jette sa canne dans le fond du bateau, saute sur les ciseaux à tresse et tranche l’empile reliant le triple (planté dans mon pouce donc) à la Fireball (qui elle est toujours piquée dans la gueule du silure). Le seul fait de voir se lien dangereux disparaitre est déjà un grand soulagement pour moi. Nous hissons le poisson à bord et nous attaquons la découpe du gant. Si les fibres kevlar n’ont pas servi à grand-chose contre la pénétration, elles résistent bien assez à mon goût aux cutter et ciseaux. Autant dire que là, le temps me paraît un peu long.

Aie…

Aie…

~~Une fois débarrassé du gant, nous faisons un point rapide. J’ai un 3/0 dans le pouce mais les tendons semblent épargnés ; pas d’hémorragie, carnet de vaccination bien à jour. La douleur est présente mais supportable. Je sais que le danger majeur pour l’équipe dans ces coups de temps là est le sur-accident, provoqué par le stress, la panique, la décharge d’adrénaline, l’émotion… après consultation d’un avis médical au centre d’appels d’urgences, nous décidons de rentrer déposer le bateau au Mas puis de nous rendre au service d’urgences du CHU d’Arles. Avant de reprendre la route, j’impose à Manu une petite séance photo malgré tout, cet incident sonnant prématurément la fin de la journée et de la session. De toute manière, nous ne sommes pas à 5 minutes près, et autant garder un souvenir numérique de ce poisson pour le moins mémorable !

Ce fameux poisson…

Ce fameux poisson…

Une grosse gueule et un dos tout en muscles (le poisson hein, pas Manu)

Une grosse gueule et un dos tout en muscles (le poisson hein, pas Manu)

Magnifique ou pas magnifique ? ;-)

Magnifique ou pas magnifique ? ;-)

~~Quelques photos, remise à l’eau du poisson, navigation, bateau sur remorque, trajet voiture, (aie ça fait mal, les secousses de la route font bouger la branche du triple dans mon pouce), et hop me voilà aux urgences. (La probabilité qu’une ou plusieurs personnes présentes au centre d’urgence ce jour-là lisent ces lignes est quasi nulle ; cependant je tiens à les remercier pour la manière dont j’ai été pris en charge et pour leur professionnalisme). La suite ? Eh bien, c’est comme sur internet sauf que quand c’est TON pouce, c’est quand même un poil différent : la recette miracle : anesthésier, forcer et ressortir de part en part la pointe du triple, couper la pointe sous l’ardillon (Pince spéciale coupante pour hameçons de pêche thon et requin m’a dit le médecin. Le Owner 3/0 coupé comme du beurre, propre), et retirer l’hameçon. Aaaaah ça va beaucoup mieux sans ! Quelques points de sutures et l’affaire est pliée.

Une fois le corps étranger retiré, je me sens beaucoup mieux ! :-D

Une fois le corps étranger retiré, je me sens beaucoup mieux ! :-D

~~Finalement, nous venons de passer une session aux conditions vraiment difficiles, mais encore une fois, immensément riche en apprentissage et en découverte. Merci Manu pour cette session dont je garderai comme à l’habitude un souvenir impérissable. Quant à mon pouce, un jour après, c’est déjà bien propre, et dans 8 jours, il n’y paraitra plus rien ;-).

Le trajet retour se fera cette fois sous le soleil, et malheur aux Haribos !

Le trajet retour se fera cette fois sous le soleil, et malheur aux Haribos !

Malheur aux Haribos !

Malheur aux Haribos !

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M
bien joué!je reconnait bien le secteur ;) je peux confirmer qu'il y a pleins de poissons de plus de 2m..c'est un secteur de nuit a carpe et dès fois nous avons de belles surprises à la bouillette carnée...
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C
Félicitations , à vous 2, mais c'est un délice de lire ce témoignage digne d'un grand reporter, bravo, je vais continuer ton blog avec beaucoup d'attention.
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G
Merci chouchou ! surtout les récits de Lilian !
C
pauvre lilian ça a du faire mal!!!
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M
T'inquiète Lilian est un dur !
C
Salut,
Félicitations pour cette belle aventure et ce beau récit.
Je me suis régalé de vous lire.
Amicalement, Philippe.
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M
Merci Philippe!
T
super récit !!!
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M
Merci !
P
Belle maîtrise , de la pêche ça on le savait ^^ mais des événements aussi !
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M
merci Pat !
M
Wouah!!!Que de péripéties!!!Vous vous en souviendrez de cette session!!!
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M
Merci !
W
beau reportage et bon rétablissement
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M
Merci et merci pour Lilian !